Jaromir Rybàk

Nuage de pluie
Verre moulé et fusionné


Biographie

Né à Plzen (CS) en 1952.

1967 –1971 Ecole spécialisée du verre, Zelezny Brod (CS)

1973-1979 Académie des arts décoratifs, Prague (CS)

« Je cherche une vérité qui ne doit pas être dévoilée. Alors je propose mes certitudes intimes, qui me rendent heureux et j'espère que mes amis en sont aussi touchés. »

Le monde de Jaromir Rybàck

Depuis plus de deux décennies, nous suivons avec avidité l'œuvre de Jaromìr Rybàk et chaque fois nous revivons cette attente si particulière. Cette particularité n'a pourtant rien à voir avec cet art calculé et très contemporain, devenu si conventionnel, de chercher à étonner le public, à travers la facilité du choc ou du scandale, ou encore l’esthétique grandiloquente des formes.

L'originalité et la spécificité de cette attente pourraient se résoudre, bien sûr, en une simple et indicible expérience émotive, mais elles peuvent surtout devenir la clef initiatrice à l'essence de l'épreuve, l'initiation aux relations intimes entre la recherche personnelle de l' artiste et son expression sculpturale. Mais comment donner un nom à cette «spécificité» sans la dévoiler, sans la priver de son mystère, comment découvrir son caractère déterminant?

Pendant cette courte période de six ans, après avoir terminé en 1979 ses études à l'Ecole Supérieure des Arts Décoratifs, sous la direction du Professeur Libensky, Jaromìr Rybàk suivit une évolution riche. Tout comme les autres, lui aussi subit les métamorphoses de son époque. Mais, comme créateur artistique, il n ' en fut pas seulement un figurant, mais un acteur déterminant. Peut-être cette «spécificité» n'était rien d'autre qu'une invitation à la découverte des liens étroits existants au sein du thème que l'artiste ne cesse de développer, un appel à soulever le voile sur le sens profond qui peut rester caché lorsque nous regardons une oeuvre et que nous ne savons discerner dans le fouillis du »carnaval» actuel de l'art. D'ailleurs, l'artiste n'en rend-il pas lui-même, à son insu, le décryptage plus difficile ? Nous devons remarquer combien les titres des oeuvres du verre contemporain, dans les années 70-80, peuvent nous induire en erreur dans l'interprétation que nous sommes tentés d'en faire, alors que bien souvent, ceux-ci furent attribués dans la hâte, en dehors du contexte d'inspiration ou de création.

Nous savons qu'une nouvelle période créative peut mettre en évidence un caractère que nous n'avions pas perçu jusqu'alors.

Je me rappelle ainsi une de mes premières rencontres avec les sculptures de Jaromìr Rybàk. Cet artiste, qui débordait de joie en expérimentant sans cesse de nouvelles techniques appliquées au verre, cachait quelque chose qui contrastait

si fortement avec la clarté et l'éclat apparent de son oeuvre: quelque chose pour moi qui ressemblait de près à la tristesse.

Cette tension et cette contradiction première entre l'apparence formelle, évoquant le style typique de l'école Libensky des années 70 et le contenu, espace et idées internes, retenant quelque chose d'archaïque, agressif et complexe, aboutissaient à la conclusion que l'aspect externe n'avait finalement plus rien d'essentiel, puisque tout nous entraînait inéluctablement au plus profond de la sculpture. C'est ce qui me poussa à aller plus avant dans l'étude de l'œuvre de Rybàk.

Dans la première moitié des années 80, Rybàk développe ainsi des formes basiques, dans la lignée de l'école Libensky, mais, avec le recul, on s'aperçoit bien que la plupart des formes géométriques ne représente plus qu'une parcelle de l'œuvre, comme si la plastique de l'époque ne devait finalement pas être considérée comme un aboutissement ultime.

Ce qu'il faut retenir d'essentiel réside dans les espace internes, l'interactivité complexe des coupes, des lignes directrices et des arêtes nouvellement fondues dans ce labyrinthe des incertitudes et des espérances, dans le dédale torturé de la pensée humaine. Pour bien appréhender les oeuvres de Rybàk, devenues classiques maintenant, les plus petits objets, même marginaux, sont révélateurs. Nés quelquefois de la simple humeur d'un moment, émergent des animaux irréels, des monstres ou des spectres mythiques, qui explorent avec sarcasme la peur et le danger. Tous ces objets ne sont pas proprement dit des sculptures, au sens originel, ils sont davantage des témoins de l'histoire et de la tradition, mais ils cachent tout aussi bien la vraie discorde et la tension interne. Le propos de ces objets prend corps au-delà de leur enveloppe charnelle, plus loin, dans le biocosme de l'auteur, qui, il est vrai, rend le verre visible mais inaccessible. Telle est la sagesse de l'artiste, de protéger son travail de toute dépendance et de variabilité des modes, de la banalité des chatoiements superficielles.

Des années 80, mentionnons deux projets qui ont sublimé les limites des sculptures de verre et sont en rapport avec l'espace. Le projet «Runway » qui, d'un coup, et sans cacher quoi que ce soit, et avec les mêmes moyens d'expression, dévoile dans un plan monumental l'effort humain à surmonter ses propres limites, mais en même temps consciemment illusoire. Le deuxième projet «The Master», œuvre plastique de deux mètres et demi de hauteur, évoquant le mythe mystérieux de Golem, pour laquelle Rybàk a du mettre en œuvre toute la gamme des techniques du verre qu'il maîtrisait à l'époque. De plus, Rybàk y trouva une expression qui se révèle maintenant dans son travail actuel.« The Master», écarté de son axe et en même temps immobile, avec son caractère inévitable, quasi-brutal, mythologique, annonce le changement de la seconde moitié des années 80.

«The Walking Animal » (l'Animal en marche), «The Totem» (le Totem), «Sacrificial Ground» (Lieu de sacrifice) et beaucoup d'autres œuvres n'expriment pas seulement le monde achétype de l'existence humaine, mais aussi la rébellion contre les effets «faciles» du verre comme matériau, contre l'abus incessant de sa pureté et sa perfection qui peuvent ne paraître (et souvent en est-il ainsi) qu'une métaphore du vide. Rybàk recourt en ces valeurs intuitivement, sans aucun plan préconçu. Son travail actuel en témoigne: référence aux cultures primitives aussi bien qu'aux fondements de la constance européenne et aux civilisations outre-européennes.

Leur dénominateur commun a le caractère élémentaire, la force et la justesse de l'expérience symbolique non verbale. Toutes ces caractéristiques qui sont bien connues, et qui trouvent une connotation, dans la tradition antique ou le christianisme, sont traitées avec un objectivisme direct, comme si elles allaient seulement être nommées et se glisser dans une dimension épique.

Rybàk ne retient pas leur interprétation traditionnelle, leur image ou la médiation de leur image. Il semble qu'au plus profond de son âme, Rybàk espère que sa création sera accepter comme telle, dans sa fonction et sa dimension le de culte, et que pour ceux qui pourront vraiment l’appréhender ainsi, elle deviendra un objet, ou même un lieu de préservation envers les pouvoirs diaboliques, la transmission du mal, les démons et les fantômes omniprésents, un protecteur envers les forces inconnues ou les animaux sauvages; cette sorte de talisman qui a pratiquement été rejeté totalement de notre vie, par ces temps modernes ou les valeurs scientifiques ont pris tant d’importance; ce talisman en lequel nous croyons encore en secret, et qui nous aide, finalement à la fin, à survivre.

Même le verre, en tant que matériau, accepte ce rôle culte ; son traitement oscille constamment entre son travail et sa forme brute, entre la matière en fusion, soudainement assassinée par le refroidissement et la tradition usuelle de sa mise en oeuvre, entre le verre et l'anti-verre. Ceci nous mène à l'expression formelle simple des cultures primitives, et bien sûr au symbolisme tchèque de la fin de siècle dernier. Les analogies mythologiques ne proviennent que de l'expérience de ses propres labyrinthes et dédales, elles sont le résultat de la connaissance de ce voyage «d'aller et retour», un paradoxe retrouvé de la sécurité, des mots et des conventions.

Le refus de représenter le moindre reflet de la réalité et la volonté d'emphase de l'expérience vécue et du sentiment paraissent libérer cette direction intellectuelle attachée aux symboles et à une sorte d'archéologie de la pensée humaine. Rybàk est indubitablement en plein accord avec les tendances qui sont à la source du mouvement intellectuel (qui ne concerne pas uniquement l'art). Par cette forme d' expression, il tend aussi dans son entité à une autre sorte de communication avec l'œuvre, à une harmonie silencieuse et à la compréhension qui aurait du exister avant la communication verbale, lorsque la compréhension de la création n'était en principe rien d'autre que l'acceptation de sa fonction magique, protectrice ou de culte. Cela veut dire que nous ne nous situons pas comme il aurait pu sembler sous l'optique traditionnelle, sur le plan de la subjectivité romantique par trop hermétique. Au contraire, il s'agit d'essayer de surmonter les limites confortables du soi. A l'opposé de cette impersonnelle réalité, soit-disant objective, se discerne ici un monde indivisible, une totalité formée de notre propre vie intérieure et de l'universalité, qui revêt une signification cosmologique par notre place au sein même de cette totalité.

Cela ne peut être qu'un espoir que quelque chose est en train de naître; mais l'énergie libérée dans les objets les plus récemment créés, comme les arbres, les planètes, qui émergent avec force de quelque part, du plus reculé des profondeurs, pour naître simplement, possède non seulement une force inépuisable, mais surtout une magie insaisissable.

Les œuvres de Rybàk ne sont pas ici pour qu'on les contemple, les évalue, ou simplement constater qu'elles existent. Elles sont ici pour nous faire partager avec elles un monde plein de pouvoirs et de secrets, un monde à la création duquel nous participons aussi; tout comme l'artiste en ces instants, qui se trouve seul devant son Arche de Noë inachevée. Quelle en est la profonde genèse ?

Kristian Suda

Distinctions

1985 3ème Prix d'honneur, Zweiter CoburgerGlaspreis, Cobourg (D)

1991 Jugend Gestaltet, Munich (D)

2ème Prix, Biot, 1'. Biennale du verre contemporain (F)

Médaille d'or, Prague Glass Prize, Prague (CS)

Collections officielles

Galerie morave, Brno (CS)

Musée du verre, art et techniques, Charleroi (B)

Kunstsamlungen der Veste Coburg,Cobourg (D)

The Corning Museum of Glass Corning, New York (USA)

Musée des arts décoratifs, Lausanne (CH)

Musée des arts décoratifs, Paris (F)

Musée des arts décoratifs. Prague (CS)

Ministère de la culture tchécoslovaque, Prague (CS)

Expositions

Nombreuses expositions collectives et personnelles en Europe, au Japon, aux Etats-Unis et au Canada, depuis 1980.

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